Armandine Penna

Photographe sélectionnée aux Nuits Photographiques de Pierrevert 2025

Installée à Nantes, Armandine Penna réalise des reportages aussi bien à l’image qu’à la plume, en tant que photojournaliste spécialisée sur le secteur social. Depuis 2020, elle développe en parallèle des projets photographiques documentaires au long cours. Elle s’immerge dans l’univers de jeunes femmes marginalisées vivant près de chez elle, abordant à travers des monographies intimes et poétiques les thématiques de la place de la femme, de la construction identitaire et de la précarité des conditions de vie. L’ensemble de son travail est guidé par la volonté de visibiliser et donner de la voix aux exclus de la société. En tant qu’intervenante de l’association de photographie participative L’œil parlant, elle va plus loin dans cet engagement en animant des ateliers auprès de personnes fragilisées notamment dans le champ de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Adepte du genre particulier qu’est le film photographique, elle associe régulièrement du son à ses images et a remporté en 2024 le Grand Prix du festival Les nuits photo avec son dernier projet Si tu m’apprivoises.

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Série : « Si tu m’apprivoises »

J’entre dans les cases, Sonia déborde. Elle sauve les animaux en détresse pour donner un sens à ses errances. Elle brandit ses griffures comme un manifeste. Je le signe en la photographiant. Et doucement, elle devient pour moi unique au monde. Je documente depuis 2021 la vie de Sonia, jeune femme sauvage et magnétique, habitant avec sa mère et ses animaux dans un appartement saccagé d’un quartier défavorisé de Nantes (44). J’ai rencontré Sonia, alors âgée de 17 ans, lors d’un reportage sur un dispositif innovant de l’aide sociale à l’enfance (ASE) prenant en charge des jeunes dits « incasables » : avec des troubles du comportement, soit environ 2,5 % des jeunes de l’ASE. Comme eux, Sonia défie la société en faisant des « dingueries ». Borderline et impulsive, elle explose contre les gens qui l’entourent. Poursuivie par des traumatismes qu’elle voudrait oublier, elle se met en danger pour s’anesthésier, pour se sentir exister. La particularité de Sonia, c’est de s’apaiser en prenant soin d’animaux auxquels elle s’identifie : chiens maltraités, chats errants, pigeons blessés et chevaux boiteux. Elle préfère leur compagnie à celle des hommes. Elle les recueille, les écoute et les caresse, elle les apprivoise. Moi, c’est elle que j’ai dû apprivoiser pour pouvoir la photographier, me rapprochant doucement pour faire tomber sa peur d’être jugée… jusqu’à ce qu’elle se sente aussi exister à travers mes images, à travers « notre projet », comme elle l’appelle. Peu à peu, Sonia s’exprime et s’implique dans ce projet photographique, proposant de nouvelles scènes pour mettre en images ce qu’elle veut raconter d’elle-même. Son histoire de fille griffée se dévoile au fur et à mesure de mon intrusion entre les murs gris de son HLM et de son existence précaire. Sonia, toujours flanquée de son berger allemand, observe la fragilité du monde par ses fenêtres. La sensibilité à fleur de peau, elle lâche sa chienne Venom contre ceux qui l’affrontent. Sonia, 20 ans aujourd’hui, est emblématique de la difficulté à devenir adulte dans un contexte de fragilité mentale et économique : sans affection, sans soutien éducatif, sans diplôme et sans perspective d’avenir. Et en même temps tellement singulière par son sens de la liberté et son étrange connexion aux animaux… La première phase de ce projet a abouti à la réalisation de ce court-métrage photographique, qui a remporté le Grand Prix Les Nuits Photo 2024 soutenu par Freelens et la SAIF. Dans un dialogue avec sa chienne, Sonia y partage ses désillusions sur la société des hommes et son rêve le plus fou : avoir un cheval à elle pour galoper loin de leur indifférence.

Quelques photos de la série : « Si tu m’apprivoises »

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