Thomas Greffeuille présente sa série photo « Réalité Artificielle » I NPP 2026
Biographie :
J’entretiens une pratique photographique amateure depuis longtemps, que j’ai mise de côté lors de mes études d’informatique et d’électrotechnique. Au terme de celles-ci, j’ai finalement choisi de me consacrer à la photographie à plein temps, finançant ma passion en réalisant de la photographie de commande. Pendant longtemps, j’ai été fasciné par l’aspect technique de la photographie, l’approchant principalement par le prisme du matériel. Cependant, j’ai pu remarquer qu’il manquait de la friction dans les images que je produisais. Voulant explorer les possibilités techniques de l’outil photographique, je suis inévitablement passé par l’argentique. J’y ai découvert des possibilités de manipuler le processus photographique dans sa matérialité même. De l’autre côté, je suis issu d’une génération pour qui l’image numérique a quasiment toujours constitué le paysage visuel quotidien, et j’ai toujours baigné dans la culture de l’informatique, d’Internet et des nouvelles technologies. C’est en revisitant les appareils numériques compacts bon marché qui avaient fait partie de l’époque où j’ai grandi que mes recherches m’ont mené à un point de convergence entre tous ces mondes. Alors que je commençais à travailler sur l’idée de transposer les pratiques expérimentales de l’argentique dans le domaine du numérique, j’ai rencontré le travail de Sabato Visconti, qui m’a introduit au domaine du glitch art nommé « data bending » ; ainsi que celui de Phillip David Stearn. Les images endommagées et les appareils éventrés formaient un lien évident entre ma passion pour l’électronique, la recherche de la matérialité de l’image numérique et l’adaptation contemporaine du processus photographique. En cherchant dans les tréfonds du web, j’ai cherché en vain des informations techniques détaillées sur la fabrication des appareils que j’utilisais ce qui m’a conduit à développer le matériel moi même. Aujourd’hui je recherche un rapport presque direct avec l’image contemporaine et sa production.
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Titre de la série :
Réalité Artificielle
La photographie numérique est la manifestation d’un signal, une trace malléable où chaque étape du cadrage à la retouche devient une manipulation de ce flux d’informations. Avec Réalité Artificielle, j’explore les mutations de l’image à l’ère des nouvelles technologies, en les inscrivant dans la continuité de l’histoire de la photographie. Cette série s’appuie désormais sur un dialogue entre deux réalités : celle, algorithmique, générée par des modèles d’IA, et celle, perçue, façonnée par notre expérience sensorielle.Les images de Réalité Artificielle naissent de cette confrontation. D’un côté, l’extrême complexité de l’architecture des appareils photos numériques, avec leurs capteurs, leurs algorithmes de traitement et leurs artefacts, se heurte à notre réalité sensorielle. De l’autre, les visages inexistants, produits par l’IA générative, s’imposent comme une nouvelle couche de réalité fabriquée. Dans les deux cas, la réalité algorithmique et la réalité perçue se répondent, s’influencent et se remodèlent mutuellement.L’écran, déjà central dans cette série, devient le lieu de cette rencontre : il est à la fois le sujet de la capture, la surface de diffusion et le support de projection d’un réel construit algorithmiquement.En affichant ces visages générés par IA, je rend manifeste une réalité artificielle qui s’impose comme un calque supplémentaire de notre perception. Les artefacts visuels, produits par des manipulations de l’architecture électronique, deviennent les traces tangibles de cette confrontation entre le réel capturé et le réel construit. Ils exposent les trames de couleurs et les processus cachés de l’image, tout en interrogeant la frontière entre ce qui est vu et ce qui est calculé.À travers cette série, je tente de poser plusieurs question : la reconstruction du vrai au sein de l’appareil photo numérique, en tant que machine agissant sur le réel, est-elle fondamentalement différente de celle produite par une IA générative ? Où situer la frontière entre ces deux formes d’intervention artificielle ? Et quel degré d’artificialité sommes-nous prêts à tolérer dans la représentation de notre réalité sensorielle ?Réalité Artificielle interroge ainsi notre rapport à l’authenticité, à la mémoire et à la présence, dans un monde où l’image et même l’identité peuvent être fabriquées, transformées ou effacées par des algorithmes. En jouant avec les limites entre création humaine et génération algorithmique, cette série nous invite à réfléchir sur ce qui reste de tangible lorsque le réel lui-même devient un signal en perpétuelle mutation.





