Karine Le Ouay présente sa série photo « Les Roches Noires » I NPP 2026
Biographie :
Karine Le Ouay, auteure-photographe, est basée à Paris.De son enfance en Amérique du Sud, elle a gardé une sensibilité aux couleurs, aux odeurs et à la lumière. Diplômée du Celsa-Paris IV Sorbonne, elle commence sa carrière dans la communication, notamment dans le milieu musical. Dès 2017, sa rencontre avec les filles de Robert Doisneau l’incite à se lancer comme photographe professionnelle. Elle débute alors dans la photographie de presse puis obtient le diplôme de l’École des métiers de l’Information en photographie documentaire en 2021 avant de rejoindre le collectif Divergence Images en 2023.En parallèle à son travail de commande et de portrait, Karine Le Ouay développe des séries personnelles centrées sur une écriture sensible du quotidien. Elle tisse des récits visuels à fleur de peau, où le quotidien devient matière à poésie. A travers ses séries personnelles, elle capte l’intime avec délicatesse, façonnant des ambiances à la fois cinématographiques et profondément humaines. Ce qui frappe dans son travail, c’est cette manière de rendre chaque lieu habité, chaque silence parlant. Il y a une douceur un peu nostalgique, une sensualité feutrée, et toujours cette élégance discrète, presque suspendue. Le mystère n’est jamais loin mais il n’est pas imposé – il s’installe comme un souffle.D’un lieu à l’autre, d’un visage à l’autre, elle capte ce qui ne se dit pas.Ses images sont comme des fragments de souvenirs – un parquet qui craque, un geste furtif, une lumière qui glisse sur un rideau. On y entre comme dans un rêve, porté.e par cette impression étrange d’avoir été là. Une oeuvre qui invite à ralentir, à ressentir, à se laisser happer.Karine Le Ouay est remarquée par Fisheye magazine et l’Oeil de la Photographie. Elle publie régulièrement dans la presse en France et à l’étranger (Le Figaro, Télérama, L’Obs, Libération, L’Express, Les Échos, Paris Match, Les Jours, So Good, Society, L’Humanité, Courrier International, The Economist…).
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Titre de la série :
Les Roches Noires
Papa a quatre-vingt huit ans. Il est dans une maison médicalisée spécialisée Alzheimer, Parkinson et démences multiples. Il est atteint d’un peu tout cela en phase terminale et est totalement dépendant, prisonnier de son corps. Dans son appartement désormais inhabité je retrouve une lettre de ma grand-mère, écrite en 1940, décrivant les bombardements sous lesquels elle se trouve, tétanisée, mon père dans les bras.Un des placards de mon papa déborde de cartes. Je décide de les lui apporter et les commenter pour le faire voyager. Son doigt pointe alors son village d’enfance puis la côte normande, comme une invitation à un voyage dans le temps, un voyage dans sa mémoire oubliée.La lecture d’autres lettres, puis la rencontre de son amie d’enfance retrouvée me permet de découvrir les traumatismes de jeunesse de mon père, la peur, la faim qu’il a vécues pendant la guerre, et à huit ans la découverte de son propre père revenant des camps de concentration ; une vie qui change complètement, marquée par l’exigence, la dureté paternelle et le travail incessant comme seul moyen d’oublier et d’exister après un événement insensé. Je comprends alors que ces traumatismes transmis dans le non-dit ont marqué ma relation avec mon père, l’éducation que j’ai reçue, mon histoire, voire même mes choix de vie. C’est une histoire de pardon, de résilience, ma petite histoire dans la grande histoire.J’ai réalisé ce travail en me rendant dans le village d’enfance de mon père, sur les lieux où il vécut les bombardements ou les lieux de son quotidien de jeunesse puis j’ai emmené mon père sur ses terres d’enfance. Je me suis rendue ensuite sur les côtes Normandes, arpentant les Roches Noires sur la plage, sur les traces de ces mémoires interdites, ces vestiges de l’histoire de la guerre, comme un cheminement intérieur sur la transmission, une réflexion sur la recherche de la beauté, de la poésie et du bonheur malgré les traces du passé.





