fabienne Gil Paradeis présente sa série photo « L’Espagne de mon enf(r)ance » I NPP 2026

Biographie :

Fabienne Gil Paradeis vit et travaille à Bordeaux. Son activité professionnelle de psychologue entre en résonance avec sa pratique photographique et inversement. Elle utilise la photographie avec des adolescents afin de leur mettre à disposition un outil pour exprimer leur trop plein de sensibilité.Elle propose également dans une clinique des rencontres avec la médiation photographique, pour des personnes traversant des affections graves de longue durée.Plusieurs stages, à Arles et ailleurs, avec différents photographes dont Klavdij Sluban, lui ont permis de préciser une voie et de trouver la forme à donner à son travail.La photographie est devenue pour elle un médium privilégié pour traduire ce qui la touche. Son écriture fait une large place à l’émergence de ce qui est en creux. Elle s’appuie sur une narration sous tendue par l’intime. Elle enrichit son corpus d’incursions plastiques travaillant la matière en intervenant sur les images.Plusieurs thèmes articulent sa démarche, la mémoire, l’absence, la transmission générationnelle, l’exil, la fragilité psychique, les impensés.L’Espagne de mon enf(r)ance révèle les traces de son lien à l’Espagne et fabrique une transformation du passé dans le présent.En 2025, ce travail photographique a été soutenu dans le cadre de la Certification « développer et diffuser un projet photographique d’auteur » obtenue à l’ENSP à Arles.

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https://instagram.com/fabytroisetoiles/

Titre de la série :

L'Espagne de mon enf(r)ance

Que reste-t-il d’un pays qu’on quitte pour les générations d’après ? L’Espagne a connu plusieurs vagues migratoires, la famine, le manque de travail, la guerre civile ont eu raison de ce chez soi pour partir avec l’espoir d’un avenir meilleur. Ma lignée maternelle porte l’empreinte de cet exil, de grands parents qui en 1920, ont pris la décision de traverser les Pyrénées.J’ai connu ma grand mère habitant un quartier où les exilés espagnols avaient recréé leur petite Espagne. Quand j’étais enfant, m’y rendre me ravissait. Je me sentais immergée dans cette atmosphère, bercée par la musicalité de la langue. Cependant, on s’adressait à moi en français. J’étais là et eux, étaient ailleurs.Je n’ai jamais appris à parler l’Espagnol.Laisser le passé derrière eux, ne plus en parler, s’intégrer, constituaient des règles tacites.Le temps s’est figé, la mémoire s’est clivée en deux mondes, deux temporalités. J’ai grandi avec cette transmission divisée qui a bouleversé pour moi, le sentiment de continuité, et qui a édifié une frontière infranchissable.Avec ce projet, j’ai pourtant retraversé les Pyrénées et découvert l’Aragon. J’ai alors réalisé une multitude de photographies, comme si je voulais tout emporter. C’est dans le corps même de la photographie que j’ai cherché à relire le monde dans lequel j’ai grandi. J’ai pu alors brouiller la perception linéaire du temps, ainsi que celle de deux territoires clivés au profit d’une fiction tangible. Ces écritures diverses ont fait naître des objets photographiques hybrides, façonnés à la main, qui ont apporté un relief à cette part anonyme de mon histoire. J’ai découpé ma famille, donnant vie à des petits personnages solidifiés pour qu’ils tiennent debout, survivants de l’exil. Je les ai transportés, je les ai posés ça et là en Aragon, et photographiés. J’ai déchiré, effacé, gratté, autant d’actions qui parlaient de mon histoire. Ces choix placent ces images dans un rejet d’une dimension purement documentaire et illustrative du réel. La matière m’a permis d’habiter mes photographies, de les éprouver, de me les approprier et de voir le vide se muer en chair.Sorties de leur contexte intime, ces épreuves photographiques ouvrent vers une mémoire collective, et parlent des effets de l’exil pour les générations suivantes.

Quelques images de la série