Elodie Ratsimbazafy présente sa série photo « Réparer les vivantes » I NPP 2026

Biographie :

Élodie Ratsimbazafy, photographe, collabore depuis 2009 avec des médias nationaux et internationaux (Le Monde, la Revue XXI, Jeune Afrique, Le Devoir), et des clients institutionnels ou associatifs. Diplômée de l’école de journalisme de Lille (2002) et formée au photojournalisme à l’Ecole des métiers de l’information (2009), elle anime également des ateliers de sensibilisation à l’image et aux médias. Dans la veine de la photographie documentaire, elle développe des projets personnels au sein de différents collectifs, mêlant techniques argentiques et numériques, avec une appétence particulière pour le temps long et l’immersion. Ses travaux ont été publiés dans deux ouvrages collectifs, « Une année formidable en France » (éd. Les Arènes, 2012) et « Le Bal des rejetons. Un Voyage photographique en France » (éd. de Juillet, 2023). Depuis début 2025, l’exposition « Réparer les vivantes » tourne à Paris et en Île-de-France.

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Titre de la série :

Réparer les vivantes

Quand je suis entrée pour la première fois au bloc opératoire pour assister à une « transposition » de clitoris, je n’en menais pas large. Mais les gestes sûrs, précis, de la docteure Sarah Abramowicz, la chair qu’elle incise, la cicatrice qui s’ouvre, l’organe mutilé qu’elle exhume, l’ourlet qu’elle dessine pour recréer les petites lèvres… Tout ça, on s’y habitue. On finit même par trouver ça beau. Ce à quoi on ne s’habitue pas, ce sont les récits des femmes torturées, qui suivent une même horrible trame. À 1 mois, 5 ans ou 13 ans, parfois plus, la lame qui tranche plusieurs fillettes d’affilée, la mare de sang, les hurlements, la douleur, parfois la mort, les infections chroniques, la vie sexuelle empêchée, le plaisir inconnu, les accouchements comme des cauchemars… La violence de cette domination systémique du corps des femmes est insupportable.L’Unicef estime à 4 millions le nombre de fillettes excisées tous les ans dans le monde. En France en 2025, on comptait près de 140000 femmes mutilées. La région parisienne, et notamment la Seine-Saint-Denis, est la zone la plus touchée. Dans ce département, 7,2 % des femmes vivent excisées.Horrifiées par ces chiffres, nous avons voulu rendre compte de cette problématique qui est avant tout de santé publique, mais qui en réalité touche au droit fondamental des êtres humains, et en particulier des femmes, à disposer de leur corps. En immersion à l’hôpital de Montreuil (93), nous avons photographié et donné la parole à des femmes déterminées à lutter contre des traditions archaïques. Nous avons voulu honorer ce combat qu’elles mènent pour retrouver ce qu’on leur a arraché, leur corps bien sûr, mais aussi leur féminité, leur estime de soi, leur confiance. « Réparer les vivantes » est un travail documentaire en immersion à l’unité de réparation des femmes victimes de mutilations sexuelles de l’hôpital de Montreuil (93), mené avec la documentariste sonore Karine Le Loët.

Quelques images de la série